Il y a de ces lieux dont on se demande ce qu'ils cachent, le mystère qu'ils préservent. Poussons la porte Maurice Fouillen prenant la pose devant les faïences réalisées par son père, Paul Fouillen. de la maison Fouillen connue de bien des Quimpérois.On connaît tous celle en pain d'épice d'Hansel et Gretel, la bleue adossée à la colline ou encore celle en bois. Mais peu d'entre nous savent ce qui se cache à l'intérieur de la maison Fouillen, cet ancien atelier de céramistes situé place du Styvel à Locmaria. L'histoire de Maurice, fils de Paul Posté devant la porte, on perçoit cette sonnette de l'ancien temps retentir derrière cette façade d'un jaune délavé. La serrure grince. Maurice Fouillen, l'ermite propriétaire de ces lieux apparaît. Le bonhomme ne paye pas de mine et entre-ouvre la porte avec la méfiance de celui qui cache quelque chose. Une fois montré patte blanche, en passant le pas de la porte, le visiteur est de suite happé par l'histoire des lieux. Mais la vie à disparu de ces murs. Les yeux se fixent sur les cloisons lézardées, les oreilles s'habituent à l'acoustique molletonnée, le nez se fait à l'odeur acre et agressive de l'émail anciennement pulvérisé ici. Entouré d'inestimables pièces de céramique prenant la poussière, Maurice réajuste sa casquette, se pose sur une maigre chaise en formica et commence à conter l'histoire de cette maison. Humble et discret, il faut parfois le travailler au corps pour qu'il nous livre ses secrets. Il nous dévoile le parcours de son père. En passant par le resto-guinguette Au début du siècle dernier, cette bâtisse servait à des vendeurs de tissus avant de se transformer en un resto-guinguette à ciel ouvert. « Des bals s'y passaient tous les dimanches. Les gens dansaient sur la terrasse à l'étage », relate Maurice, qui n'a pas connu cette époque. Le jeune homme qu'il est a vu le jour en 1928. En 1929, Paul Fouillen, chef décorateur à la faïencerie Henriot et père de l'actuel occupant des lieux, décide de se mettre à son compte. « Pour y fabriquer et y décorer des meubles en bois ». Mais l'univers de la faïence est encore bien présent dans l'esprit de cet artiste. La passion le rattrape et un accord est passé avec Henriot pour que Paul puisse cuire ses pièces dans les ateliers HB. La seconde guerre mondiale arrive et fait rage. Paul Fouillen continu cependant à exercer dans l'ombre. C'est à partir de là que se développe le « style Fouillen », flirtant avec les formes abstraites aux couleurs sombres, -loin des petits personnages bretonnants colorés- qui va petit à petit se poser sur les bases du style Art Déco. Les céramiques qu'il réalise à cette époque font aujourd'hui fureur dans les méandres, plus ou moins légaux, du marché de l'art. En 1950, Maurice rejoint son père dans l'entreprise familiale. La malle aux trésors Maurice s'attarde quelque peu sur l'époque où les quais de Quimper voyaient encore des embarcations en bois décharger leurs cargaisons. On lui coupe l'herbe sous les pieds en lui demandant de nous ouvrir et de nous faire découvrir la partie « ateliers » que cache cette demeure. Une véritable malle aux trésors s'ouvre à nos yeux. Ce four électrique, premier du nom à Quimper, n'a pas tourné depuis bien longtemps. Des pièces de céramique, attendant toujours d'être peintes, s'entassent sur les établis en bois et font le bonheur des araignées funambules. Le poste émaillage est encore recouvert de cette nocive substance venant transformer de piteuses poteries en joyaux rutilants. La nostalgie gagne Maurice. « Je suis triste quand je rentre dans cette pièce, aujourd'hui sans vie. J'entends encore le vacarme de l'activité, les gens qui se déplacent de poste en poste ». Les ateliers Fouillen employaient une vingtaine de salariés à la grande époque. Aujourd'hui protégée par les Bâtiments de France, certainement pour « garder le côté authentique » de son architecture, la maison Fouillen s'abandonne aux fissures qui la serpentent et aux lierres qui la recouvrent. Tel une épitaphe, le dernier mot sera pour Maurice. « L'histoire est close. Il faut que ça s'arrête, je n'ai aucun regret. Si quelqu'un d'autre la reprenait, il la déformerait. Fouillen est un label. » Rémi LE LEZ. Ouest-France - juillet 2010 - |