Croix de Kerberien __________________________________________________________________________________________________________________________________ L’actuelle croix de Kerberien en bordure de la route de Beg-Meil qui fait l’angle
avec le chemin de Kerizac n’est pas le monument d’origine.- Croix de Kerberien actuelle - Photo Nicole Le Page Une surprenante affirmation qui suscite bien des interrogations… Comment était le monument d’origine ? Qu’est-il advenu de l’édifice religieux ? Qui a érigé cette croix de substitution ? Quand tout cela s’est-il produit ? Avec quels acteurs ? Pour répondre à ces questions, nous devons remettre cet événement dans son contexte historique et pour ce faire, nous éloigner quelque peu de l’objet de notre préoccupation en nous intéressant à un illustre personnage de l’histoire de Fouesnant : André Bénac.
Photos du site www.begmeil.fr/
La famille Bénac fait l’acquisition de la ferme de Kerengrimen en 1887. Attachés à la région, ils deviendront propriétaires de deux autres villas du Chemin Creux à Beg-Meil. Homme d’affaires avisé et influent, André Bénac va beaucoup œuvrer pour le développement économique de la commune de Fouesnant.
Malheureusement, le 14 décembre 1914, son fils Jean meurt à la guerre ; le traumatisme est grand. C’est alors qu’André Bénac émet le vœu d’ériger une chapelle funéraire au sein même de la propriété de Kerengrimen en hommage à son fils. Probablement conscient que l’aboutissement d’un tel projet ne sera pas évident, il prendra son temps…
À partir de 1919, il s’investit beaucoup dans la politique locale et devient conseiller municipal. Le compte-rendu d’une réunion du conseil municipal du 25 mai 1924 attire notre attention. Ce jour-là, André Bénac reçoit les remerciements publics de la commune pour un don de 25 000 francs allant à la construction de l’école de Mousterlin.
Notons d’ailleurs qu’il avait lui-même proposé la création de cette école en 1920. Au cours de cette même réunion, le conseil municipal approuve l’autorisation du maire à Monsieur Bénac
de bâtir une sépulture familiale dans sa propriété de Kerengrimen.
Une chapelle sera finalement construite aux environs de 1934.Photo du site www.begmeil.fr/
Une réplique exacte de la fontaine de Kerbader vient bientôt embellir le site. Le calvaire situé dans la propriété du café-forge de la croix de Kerbérien, est en piteux état et menace de tomber en ruine. Les propriétaires, suite sans doute à une demande de M. Bénac, acceptent le déménagement de l’édifice vers Kerengrimen. - Le calvaire de Kerengrimen - Photo Nicole Le Page Mais ce transfert agaçe la famille Polaillon, propriétaire à Bot Conan, mécontente de l’appropriation d’un monument catholique par une personne à priori peu portée sur la religion. Les relations s’enveniment avec André Bénac. La famille Polaillon habite alors le château de Bot-Conan hérité du Docteur Guyon. Elle décide de reconstruire une croix à l’emplacement du calvaire. On notera que le docteur Guyon avait découvert et aimé le pays fouesnantais grâce à une invitation de ... André Bénac !
Le décès de M. Bénac survient à Paris le 20 octobre 1937, suite à une chute malencontreuse à Menton. Une embolie a raison de cet homme énergique et encore en pleine activité. Ses obsèques sont célébrées à Beg-Meil le samedi suivant dans sa propriété de Kerengrimen, en présence de la famille, de quelques amis et des employés de la propriété. Ce sont les employés qui portent le corps dans le caveau funéraire de la chapelle où se trouvait déjà son fils Jean. Le Chanoine de Boissieux célébre les obsèques. Quant à Mme Bénac elle décédera à la villa Keraël en 1949 et sera également inhumée dans la chapelle. Tableau comparatif des deux monuments et commentaires
| Kerengrimen | Kerberien | Type de monument | calvaire | croix de chemin | Époque | XVIe siècle | XXe siècle | Nombre de marches | 3 | 2 | Orientation | Sud-Est | Hauteur | 4,50 m | Forme du socle | cubique avec chanfreins | Matériaux utilisés | granite | Fût | section ronde | Croix | croix à branches rondes |
Quatre siècles séparent les deux édifices catholiques. Bien que le terme de « croix » soit le plus communément employé pour désigner le monument de Kerengrimen, il s’agit pourtant bien d’un calvaire car il représente une scène de la Passion avec son crucifix. Celui de Kerberien s’apparente à une « croix de chemin ».Une marche supplémentaire, démesurément haute, est observable à Kerengrimen. Il a peut-être été reconstruit hâtivement et ses fondations ne sont pas aussi profondes qu’elles auraient dû être… Le style de la croix de Kerberien est dépouillé et moderne. Cependant, il est évident que des similitudes avec le calvaire de Kerengrimen ont été recherchées : même hauteur, mêmes formes, orientation identique… Peut-être fallait-il apaiser le courroux de quelques âmes ? Seuls les descendants de la famille Polaillon pourraient nous renseigner.
Sur cette carte du Ministère de la Guerre d’environ 1820, on y voit un carrefour planté d’une petite croix rouge dénommé « Croas K Berien » (Croix de Kerberien). 
Croas Kerberien vers 1820
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