Vendredi soir 9 avril, a eu lieu à l'Archipel la conférence-débat sur les algues vertes organisée par la CCPF (communauté de communes du Pays Fouesnantais) et la 4C (communauté de communes de Concarneau Cornouaille) dans le cadre de leur collaboration dans le contrat Odet-Aven. « Un moment important car le plan algues vertes est mis en place par l'Etat ». La conférence a été menée par le journaliste Jean-Louis le Corvoisier, spécialiste de l'animation de débats.
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Après une explication scientifique (Ifremer), les représentants de la CCPF et de la 4C, de la Préfecture, de la chambre d'agriculture et d'Eau et Rivières ont échangé sur les difficultés à lutter contre le phénomène, répondant ensuite aux questions du public.
Le constat
Les causes de la prolifération ? Les scientifiques sont catégoriques : un environnement favorable (éclairement, confinement) et une alimentation suffisante en azote (nitrates). « Les marées vertes sont engendrées par un dérèglement écologique résultant d'une trop grande fertilisation consécutive à l'agriculture intensive » explique Alain Ménesguen. Résultat ? En 2009, 100 000 m 3 à évacuer. Coût : 500 000 € par an. Entre 18 et 20 € de la tonne pour le traitement. En 2009, 100 000 € pour Fouesnant, idem pour La Forêt-Fouesnant. « Aujourd'hui, le taux d'azote atteint 30 à 40 mg/l. La marée verte ne sera pas réduite tant que le taux de toutes les rivières n'avoisinera pas les 5 mg/L ».
Le plan quinquennal
Le plan proposé par l'Etat est estimé à 134 millions d'euros entre 2010 et 2014. Après la connaissance du phénomène (comité scientifique pluridisciplinaire), il s'agit de régler l'urgence avec le ramassage sur les plages et le traitement des algues afin de supprimer les nuisances et les risques sanitaires. Ce que l'on fait déjà à Fouesnant « grâce à la solidarité intercommunale » souligne Roger le Goff. Le volet préventif sera plus long à mettre en place et plus aléatoire : mesures agro-environnementales, traçabilité des flux d'azote et renforcement des contrôles des exploitations. « Les mesures seront territorialisées pour plus d'efficacité et de réactivité » assure Jacques Witkowski.
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« Ensemble, on avancera »
Roger Le Goff (CCPF) parle « d'optimisme raisonné ». Le plan est « une très bonne chose. Il est la poursuite de ce que l'ensemble des acteurs économiques ont commencé. Il s'agit d'un travail collectif. Nous ne sommes plus opposés, nous sommes dans le dialogue. Élus et monde agricole vont trouver ensemble un vrai projet de territoire. C'est vrai que le contrat de 5 ans n'a pas permis de baisser les taux de nitrate mais on a signé un nouveau contrat avec la 4C et les agriculteurs pour des actions qui vont plus loin. Le contrat est plus complet et avec le plan algues vertes on ira plus loin. Il faut être optimiste et réaliste ». Jean-Claude Sacré (4C) souligne que « si le discours d'Alain Ménesguen n'est pas encourageant, tout ce qui arrive est bon à prendre ». Quant à André Sergent, représentant la Chambre d'Agriculture, s'il pense que « dans ce dossier on a voulu viser et cibler une catégorie professionnelle et que les contraintes sont lourdes pour les agriculteurs, surtout dans le contexte économique actuel », il assure néanmoins que le monde agricole est prêt à aller de l'avant et prône un retour à l'agronomie. « Aujourd'hui, il y a une nouvelle génération d'agriculteurs. Nous savons produire et respecter l'environnement. On a aujourd'hui des choses bien faites et contrôlés. Les résultats pour la qualité de l'eau sont là. Ensemble, on avancera ».
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« On ne s'attaque pas aux causes »
Pour beaucoup, le plan est essentiellement un plan curatif à court terme. André Bernard (collectif LGN) pense que le problème doit être traité en amont. « Constat d'impuissance ? Fatalisme ? On se borne à traiter les conséquences sans travailler sur les causes. Le problème ne doit-il pas être traité en amont ? Nous sommes dans un modèle agricole néfaste ». Pour Alain Ménesguen (Ifremer), « Enfin, on reconnaît officiellement le problème » mais nettoyer les plages à coups de bulldozers n'empêchera pas les échouages d'algues. Qu'adviendra-t-il à long terme des perturbations écologiques, des nuisances pour le tourisme, la pêche, la conchyliculture ? Pour s'attaquer à la cause, une seule solution, réduire les apports azotés c'est-à-dire les nitrates agricoles. Or « les choses ne sont pas faciles à changer, avec les conflits d'intérêts et les lenteurs excessives des actions politiques et administratives ». Quant aux associations environnementales, elles sont sceptiques. Eau et Rivière n'est pas contre le plan mais reste vigilant. Ou carrément pessimistes. Daniel Boullonnois (ASPF) s'insurge : « Rien n'a été fait depuis 10 ans. Le plan Lesnevard a été un échec, avec la bataille entre élus et le monde agricole. Pour le contrat Odet-Aven, il n'y a eu aucune réunion depuis 4 mois. À quoi sert ce contrat alors que des instructions vont être mises en place ? Le taux de nitrates ne baisse pas du tout dans le quartier ! » Si l'urgence impose de ramasser, ce qui n'est d'ailleurs pas sans danger pour le littoral, l'objectif à terme est d'arrêter de ramasser. « Mais quand arrêtera-t-on de ramasser ? »
Ouest-France - 14 avril 2010
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