- INTERVIEW -Dominique Gombert, directeur adjoint des risques chroniques de l'Ineris, décrypte l'étude sur la toxicité de ces algues, qu'il a remis ce jeudi au ministère. Il pointe notamment les dangers pour la santé des personnes nettoyant les plages bretonnes. Recueilli par Marie Piquemal
La plage de Saint-Michel-en-Grève (Côtes-d'Armor), ce jeudi 20 août. (© AFP Eric Feferberg) François Fillon s’y est engagé ce jeudi, «l’Etat va prendre en charge le nettoyage des plages bretonnes» envahies d’algues vertes. Une annonce qui intervient quelques heures après la publication du rapport de l’Ineris, qui conclut, sans grande surprise, à la toxicité des algues vertes en décomposition. Entretien avec Dominique Gombert, le directeur adjoint des risques chroniques de l'Ineris. Le problème des algues vertes sur les plages bretonnes existe depuis trente ans, des études établissent déjà les risques pour la santé. Qu’apporte de plus votre rapport ? Le ministère nous a demandé d’apporter notre expertise, et nos outils, pour mesurer de façon très précise l'émission des gaz dégagés par les algues en décomposition. D’ordinaire, l’Ineris intervient plutôt sur les sites industriels ou des stations d’épuration pour mesurer la qualité des sols, de l’air ou de l’eau et établir les risques pour la santé des travailleurs. C’était la première fois que nos équipes se rendaient sur une plage… <!--[endif]--> Vous avez constaté la présence de gaz toxiques ? Oui, mais jusque là, rien d’étonnant. Par définition, les substances organiques en décomposition (comme les algues) fabriquent toutes sortes de gaz, et notamment le sulfure d’hydrogène (H2S) particulièrement toxique (effets sur le système respiratoire, irritation des yeux, lésions de la cornée, arrêt cardiaque…) On retrouve ce gaz dans de nombreux endroits, comme les marécages ou même dans les fosses septiques. Les activités de raffinage peuvent aussi conduire à des émissions de H2S. Ce gaz dangereux ne présente un risque qu'à partir d'une certaine exposition, à une certaine teneur et une certaine durée. Sur les plages bretonnes, la teneur du gaz est-elle importante? Tout dépend. On a réalisé plusieurs mesures et les résultats varient du tout au tout selon l’heure de la journée et l’endroit. Les résultats sont complètement différents à quelques dizaines de mètres. Mais, cela étant dit, on a relevé des concentrations importantes, jusqu’à 1000 ppm (ndlr: "partie pour million") par endroits. Je n’avais jamais vu ça. Comment interpréter ce chiffre ? Une teneur de 1000 ppm équivaut à 1400 mg de sulfure d'hydrogène par mètre cube d’air. Pour vous donner une idée, la réglementation du travail impose que les travailleurs ne soient pas exposés plus de quelques minutes à une teneur de 10 ppm ! Et à 5 ppm si l’exposition dure plusieurs heures… Les déblayeurs des plages bretonnes sont exposés à un risque important. Dans notre rapport, on recommande que soit réalisée une évaluation des risques au moment du ramassage et du traitement des algues (épandages, compostages...) 160 réactions - Source : www.liberation.fr/ Retour à la page d'accueil |