Pas plus visible à Copenhague qu'à l'oeil nu. L'enseignant- chercheur Pierre Mollo regrette que les hommes se préoccupent si peu de l'écologie de l'invisible. ___________________________________________________________ Comprenez le plancton, qui produit 50% de l'oxygène de notre planète. Le spécialiste publie un livre, «L'enjeu plancton», à la portée de tous. 
Ce n'est pas parce que c'est invisible que c'est négligeable, bien au contraire!». Pour mesurer le sens, simple et profond à la fois, de cette idée fixe, il faut imaginer Pierre Mollo entrant au petit matin dans une écloserie. Celle de l'agro-campus (ex-Cempama) de Beg-Meil, à Fouesnant(29), en particulier. Les sens en éveil, guettant la moindre émission d'hydrogène sulfuré, le plus petit son anormal ou une coloration dégradée. Autant d'indices d'affection des planctons d'élevage. Quarante ans durant, en Bretagne, en Afrique, en Asie ou en Amérique du Sud, cet enseignant-chercheur, à la retraite depuis septembre, s'est efforcé de montrer combien la préservation de ce vaste monde de l'infiniment petit conditionnait la protection d'une incroyable chaîne alimentaire marine. Au bout de laquelle se trouve... l'homme. L'homme, dont les activités contribuent à étouffer le plancton.
La terre nourrit la mer
Pierre Mollo, l'humaniste, n'en fait pas une affaire de scientifique. C'est le sort des écosystèmes et de l'homme, solidaire, qui l'intéresse. «Ça fait 3,5 milliards d'années que la mer donne la vie et que la terre nourrit la mer par les rivières, les fleuves, les estuaires. Et d'amont en aval, chaque goutte d'eau peut se charger en pesticides, nitrates, métaux lourds (etc.). Au bout du chemin, les planctons, végétal et animal, sont attaqués». Pierre Mollo ne craint pas la disparition du plancton. Mais redoute le réchauffement climatique. «Il suffit d'une hausse de 1 à 2º C pour que le plancton migre vers le nord. Le plancton, lui, va s'adapter mais le homard, de nos côtes par exemple, il ne va pas comprendre immédiatement, manquera de nourriture, dépérira, et c'est tout un écosystème qui s'en trouvera perturbé». Il craint tout autant l'acidification des eaux océaniques. «Partons du principe que la norme acceptable est un pH 8. Si l'on descend à 7,7, c'est catastrophique! Admettons que la carapace d'une araignée de mer puisse résister. Ça n'est pas le cas de planctons plus fragiles», décrit le spécialiste.
En complément du riz
Dans son livre coécrit avec Maëlle Thomas-Bourgneuf, Pierre Mollo livre quelques pistes de sauvegarde et de développement du plancton. Des pistes expérimentées de longue date, ou sur le point de l'être, aux quatre coins du monde. Parmi celles-ci, une aquaculture extensive et diversifiée, au nord comme au sud de la planète. «Une aquaculture de proximité adaptée aux besoins locaux, pas coûteuse à mettre en oeuvre, qui permette de nourrir la mer et les espèces qui y vivent, tout aussi bien que les populations humaines», insiste le chercheur appliqué et impliqué. «Car il ne s'agit pas d'élever du plancton pour ensuite exporter la quasi-totalité de la production des fermes aquacoles vers les pays riches, tempête-t-il. Le riz n'apporte pas suffisamment aux gens en Afrique et en Asie. Leur alimentation pourrait être complétée par du poisson élevé dans de bonnes conditions, par du plancton qui se révèle très riche en vitamines et en oligo-éléments», assure-t-il. Le plancton contient aussi des antibiotiques naturels. «Encore faut-il que cela se sache! Voilà pourquoi je me suis mis à écrire: pour que chacun comprenne les enjeux liés au plancton», conclut le pédagogue. - Bruno Salaün - le Télégramme le 19 décembre 2009
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