
Marie Pomm’
Marie Pomm’ venait du Cap Coz à Beg Meil avec sa charrette à bras pleine de fruits et de légumes bien frais. Elle faisait le tour de Beg Meil pour les vendre.
Elle avait une figure allongée, ovale et burinée, des cheveux tirés en un petit chignon sur le dessus de la tête. Ses petits yeux asiatiques lui donnaient un air rieur et elle était toujours de bonne humeur et aimable. Nous l’aimions bien.
Je ne sais plus ce qu’elle criait pour s’annoncer à "Ker Gwel Mor", mais tous les enfants se précipitaient autour d’elle.
Elle venait de la Cale, s'arrêtait toujours au même endroit, entre la maison et le chemin, près de ce que j'appelais le puits. En fait le mur arrondi qui tenait un horrible arbre au milieu – un Araucaria ou “désespoir des singes” appris-je plus tard.
Je me souviens qu’après avoir servi les locataires, elle attendait un peu les éventuels retardataires, puis elle criait bien fort : « Personne n’a plus rien de besoin ? » avec son accent chantant que j’adorais.
Ce qui était la traduction mot à mot de la phrase bretonne : « Den ebet n’eus netra ezhom c’hoazh ? ».
Et elle reprenait le chemin creux en tirant courageusement sa charrette...
Nous ne sûmes jamais comment elle se procurait ces fruits et légumes. Nous n'avons pas pensé à le lui demander. Y avait-il des halles à Kemper ? Mais elle aurait mis la nuit à faire la route... Pour moi le mystère demeure.
C'était une très bonne période de notre vie où nous faisions des choses ma foi très simples, mais qui sortaient tellement de l'ordinaire des enfants de Paris (quoique là-bas aussi nos parents nous ont bien "éveillés" dirions-nous maintenant) et nous nous sentions tellement chez nous à Beg Meil. Tous les gens dont nous parlons nous connaissaient, nous traitent bien et gentiment. Nous étions partout comme en famille. Loin de cet anonymat actuel dû aux hordes de touristes.
Nous avons vécu une époque privilégiée en ce temps là. Avec en plus des tournées de campings par cars, trains et bicyclettes, qui nous ont fait connaître le Finistère des années 50, des grands oncles et une grand- tante dans un penty en terre battue... des déjeuners dans la cuisine de la charcuterie du bourg, par exemple, quand il n'y avait pas de restaurant là où nous passions... (le soir c'était dîner à la tente) Inconcevable maintenant !
Moi qui ai 4 et 2 ans de plus que mes frères je me souviens mieux ou de plus de choses évidemment.
Récit de Maryvonne C.
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