LA MALLE
par Jean-Marie
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Le voyage de la malle jusqu’à Beg-Meil (et retour)
Après l’enlèvement à domicile à Paris et l’acheminement jusqu’à Quimper par le service bagages de la SNCF(1) la malle devait rejoindre Beg-Meil, ainsi que les bicyclettes et nous-mêmes.
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À la gare
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Retirée au bureau des bagages, elle était emmenée jusqu’au car Le Viol, à quelques mètres, sur le diable du porteur, ou plutôt de la porteuse, une femme en blouse sombre avec des lunettes épaisses comme des fonds de pots à confiture.
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Sur le car
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Voyant la malle arriver, René ou Joseph (dit Zézé), fils Le Viol et chauffeurs dans l’entreprise de leur père, voire le père Le Viol lui-même, ouvraient alors ce que l’on pourrait appeler la malle arrière du car : une sorte d’abattant sous la vitre arrière, maintenu ouvert par deux chaînettes latérales, ménageant une sorte de coffre en plein air grâce à la cavité derrière les dossiers de la dernière rangée de sièges.
Papa, par une poignée, le chauffeur par l’autre et, hop ! la malle était posée là, à moitié dans le coffre, à moitié sur l’abattant.
Et, tranquillement, sans même être attachée, elle arrivait sans encombre jusqu’à Beg-Meil… Elle n’est jamais tombée, n’a jamais été volée...
En brouette
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Quant au parcours final jusqu’à Ker Gwel Mor, les premières années, et Koz Forn (chez les Cariou) par la suite jusqu’en 1966, la malle le faisait en brouette !
À l’arrivée au terminus, plage des Dunes, pour Ker Gwel Mor ou, pour chez les Cariou, devant chez Le Crane (crêperie du “centre ville” à l’entrée du chemin menant à Kervastar, la ferme des Bertholom), l’un au moins d’entre nous restait là, à l’arrêt du car avec la malle ; Papa allait à bicyclette à Ker Gwel Mor ou à Koz Forn avec le reste de la famille et revenait à pied avec la brouette empruntée. On trouve toujours une brouette à emprunter à la campagne et puis, nos habitudes étaient connues et nous étions attendus. Les cinq bicyclettes aussi étaient du voyage : train + car (sur la galerie du car, équipement alors quasi-systématique sur ces véhicules, justement pour trans- porter les bagages des voyageurs et même des bicyclettes...).
Le bonjour à tante Mimi
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Mais, entre l’arrivée à Quimper par le train de nuit et le retrait de la malle et des bicyclettes pour les charger sur le car, il y avait le bonjour à tante Mimi, l’une des sœurs de Papa et sa fille Claude, notre cousine, qui viendrait bientôt en vacances avec nous à Beg-Meil. Tante Mimi était caissière à l’hôtel Pascal sis juste en face de la gare.
La gentillesse de tante Mimi, la proximité de l’hôtel et l’heure matinale faisaient qu’inévitablement elle nous offrait le petit déjeuner… Amateur de bon café, comme Papa et Maman, c’était tante Mimi elle-même qui passait derrière le comptoir pour doser le café à leur goût. Aussi abandonnait-elle sa caisse quelques instants. C’était une sorte de “cage” sombre à gauche dans l’entrée de l’hôtel d’où elle n’avait la vue que sur l’aquarium avec des truites, et un peu sur la rue par la porte à tambour, juste à gauche de l’aquarium. Inutile de préciser que nous n’avions pas le droit de jouer avec cet espèce de manège ou de tourniquet… évidemment !
Et plutôt que de nous faire prendre le petit déjeuner dans la salle du café, même s’il n’y avait généralement pas grand monde, elle nous conviait un peu à l’arrière, dans une pièce très claire, me semble-t-il, avec une petite volière pleine de perruches vertes, jaunes, bleues et blanches.
Parfois, (ou était-ce le soir des adieux, le soir du départ pour Paris ?) les patrons de tante Mimi venaient nous saluer, frères et sœurs Pascal, en tout cas de très vieilles personnes. Je crois qu’elle était fière de leur présenter sa famille, et nous (les enfants) étions si bien élevés...
Le retour de la malle
Le retour, à la fin des vacances, s’effectuait suivant le même scénario : brouette, (nous devions être à l’arrêt du car bien à l’avance pour que papa ramène la brouette et revienne embarquer), abattant à l’arrière du car, transfert au service bagages SNCF de la gare de Quimper, à gauche en entrant ; à droite, c’était le Buffet…
Nous avions passé quatre, puis trois, puis deux mois à Beg-Meil au cours de toutes ces années, mais ce n’était jamais assez. Pourtant, il faudrait encore attendre de longs mois avant que la magie de la malle ne se reproduise.
Voilà quelques souvenirs de nos vacances.
Jean Marie, Paris, été 1999
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1 (note de 1999). Service qui n’est pas une nouveauté de cette fin de siècle, contrairement à ce que pourraient laisser croire certaines campagnes de publicité orchestrées par de jeunes ingénieurs “ès communication & consulting” qui ne savent pas que des malles, des bicyclettes, des landaus et autres circulaient déjà par le train en “Bagages accompagnés” jusqu’à il y a encore une petite vingtaine d’années… On essaie encore de nous camoufler une régression, un rétrécissement du service public, voir La Poste...
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